Basquiat, une main tendue vers le continent noir

Année 1986. Jean-Michel Basquiat a 25 ans, c’est une icône absolue de l’underground new yorkais, tout le monde s’arrache ses œuvres. Il entreprend cette année-là de visiter la Côte d’Ivoire, et plus particulièrement Korhogo, en quête d’inspiration et de trésors ancestraux.

Bittik retrace pour vous l’histoire de la rencontre entre un artiste de génie et un continent magique qui lui donnera un nouveau souffle. 

 

basquiat abidjan

 

“Je veux découvrir l’Afrique”, à la quête de ses origines


C’est à l’occasion d’une exposition organisée par le Centre Culturel Français d’Abidjan que commence l’année africaine de Basquiat. Ainsi, rempli d’enthousiasme et fuyant le racisme assommant de l’Amérique de l’époque, Basquiat arrive en Côte d’Ivoire. À l’époque le lieu est fréquenté par une multitude d’artistes ivoiriens et africains de la capitale. 

 

basquiat
@ Monique le Houelleur

Malheureusement, l’exposition affichant pourtant une série d'œuvres magistrales, n’obtint pas le succès escompté. Le public africain ne comprit pas l’importance de son œuvre ni le geste de l’artiste qui prônait un retour aux sources. Il avait souhaité mettre en avant ses héros en référence à l’art africain comme à travers son œuvre “Charles the First”, hommage de coeur à Charlie Parker.

Déçu, Jean-Michel Basquiat, ne tarda pourtant pas à se réconcilier avec l’Afrique. Monique le Houelleur, une artiste installée en Côte d’Ivoire qui l’accueillit, s’occupa de la visite de Basquiat. Il n’avait selon ses dires qu’une envie : quitter la ville de New York et découvrir l’Afrique, la vraie. Elle prit la décision de l'emmener visiter les terres ancestrales des Sénoufos. 


Saisir l’âme africaine 

C’est alors que débute une quête initiatique pour le jeune artiste qui cherche à plonger dans la Côte d’Ivoire profonde, ses sons et ses couleurs. Plus qu’une visite, c’est une exploration de ses origines qu’il est venu rechercher. En terre Sénoufo, il se promène tout seul dans les rues de Korhogo, explore les marchés en quête de fétiches et cherche à rencontrer des individus susceptibles de le délivrer de ses démons qui le hantent, ses fantômes comme il les appelle. C’est d’ailleurs ce qu’il projette dans son œuvre “To Repel Ghosts”, réalisée après son voyage ivoirien. L’Afrique est sa thérapie. Il se sait possédé par des esprits commandant ses actes et ses humeurs, qu’il voit et qu’il projette dans son œuvre. Le vaudou le fascine et il découvre émerveillé les objets nécessaires aux rites animistes. L’art est en Afrique un rempart contre le mauvais sort, c’est cette idée qui ancre l’attachement profond du peintre avec le continent. 


L'accueil chaleureux des villageois, le naturel des gens, le quotidien des ivoiriens : si riche, furent un moyen pour lui de saisir au mieux l’âme africaine. 


basquiat cote divoire

 

A Korhogo, Basquiat déniche toute une série d'objets pour renflouer sa collection. Au marché des fétiches il achètera des lance-pierres, des tambours mais il déniche surtout un véritable fétiche qu’il gardera jalousement et qu’il ramènera à New York. 

Pourquoi Monique le Houelleur a-t-elle décidé d’emmener Basquiat à Korhogo ? Pour elle, c’était une évidence : la région des Sénoufos est une terre d'artisans, de sculpteurs de générations en générations. C’est un lieu où cet art a une puissance mystique, et notamment grâce au rituel du Poro. C’est une réponse aux rêves de Basquiat. Il déambulait dans ces rues, l’âme en éveil à la recherche de ses racines perdues, tout en joie. A mesure qu’il s'enfonce dans le pays, Basquiat renaît et trouve enfin l’apaisement, loin des drogues qui le consume depuis plusieurs années. Il rapporta chez lui non seulement des trésors, mais plus que tout, une envie folle d’y retourner pour comprendre d’avantage cette Afrique secrète.

Aujourd’hui l’art Sénoufo fait sens et sensation de manière universelle. Beaucoup d’objets et de fétiches sont à l’heure actuelle exposés dans des musées. Cet art n’a pas marqué que Basquiat mais bien une multitude d’artistes, de Warhol à Picasso. 

Dès son retour à New York, on décèle dans l'œuvre de Basquiat des représentations faisant référence à son séjour ivoirien : comme des masques Sénoufos du Wambele, ou encore Pegasus dans lequel on peut lire en philiramme “Noir d’Ivoire” écrit en plusieurs langues.

pegasus basquiat

Contre toute attente, il était revenu à l’art primitif pour redonner ses lettres de noblesse à l’art occidental. 

Alors que le second voyage de Basquiat en Côte d’Ivoire est prêt, que Ouattara Watts, un jeune artiste originaire de Korhogo s’étant occupé de tous les préparatifs, l’artiste génial est retrouvé mort dans son appartement la veille du départ, à New York. 

On retrouve dans ses affaires un aller simple pour Abidjan.

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